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2009/10/15

Italie : État - Mafia, échec et mat en 12 coups !


Je suis arrivé en Italie le dimanche 12 septembre 1982, à une époque où la mafia n’existait officiellement pas dans ce pays !



En effet, ce n’est que le lendemain que fut introduite dans le système juridique italien l’association criminelle de type mafieux (associazione per delinquere di tipo mafioso), avec la Loi du 13 septembre 1982, n° 646.



Avant-hier, l'avocat de Massimo Ciancimino a remis aux juges de Palerme une photocopie du Papello, qui listait en 12 points les prétentions de la mafia vis-à-vis de l'état italien, dans le cadre des négociations qui avaient débuté entre l'assassinat du juge Giovanni Falcone (23 mai 1992) et celui du juge Paolo Borsellino (19 juillet 1992), 57 jours plus tard.



Parmi ces douze prétentions figure l'abolition de l'article 416-bis, à savoir l’association criminelle de type mafieux introduite 10 ans plus tôt par la Loi du 13 septembre 1982, n° 646.





Ces premières photos, publiées en exclusivité par l'Espresso d'aujourd'hui, ne se réfèrent pas au véritable PAPELLO (écrit tout en majuscule, avec une faute d'orthographe - "fragrant délit" au lieu de "flagrant délit"), mais à un Papello-bis, revu par Vito Ciancimino, ancien maire mafieux de Palerme et père de Massimo.



Une parenthèse s'impose : la coupole mafieuse était alors dominée sans conteste par Totò Riina et Bernardo Provenzano, Riina représentant l'aile dure (faire la guerre à l'état pour avoir la paix) et Provenzano l'approche un peu plus souple. Il commençait d'ailleurs à y avoir de l'eau dans le gaz entre les deux, et Vito Ciancimino était plutôt homme de Provenzano que de Riina. Selon Massimo, lorsque son père a lu les 12 points de la liste voulus par Riina, il se serait exclamé : toujours la même tête de nœud ! ("sempre la solita testa di minchia", pour qui connaît l'italien...)





Voici le texte retranscrit :
  1. revisione sentenza maxi processo

  2. annullamento decreto legge 41 bis

  3. revisione legge Rognoni-La Torre

  4. riforma legge pentiti

  5. riconoscimento benefici dissociati - Brigate Rosse - per condannati di mafia

  6. arresti domiciliari dopo 70 anni di età

  7. chiusura super carceri

  8. carcerazione vicino le case dei familiari

  9. niente censura posta familiari

  10. misure prevenzione-sequestro-non familiari

  11. arresto solo fragranza reato

  12. levare tasse carburanti come Aosta
Avec un post-it sur la liste indiquant que la lettre a été remise SPONTANÉMENT par Vito Ciancimino au colonel Mori, dont je vous ai déjà parlé, et dont nous reparlerons !





D'où les retouches apportées à la liste par Ciancimino père, dans une version plus "politique" :



- révision du maxiprocès par la cour européenne de Strasbourg (!)

- réforme de la justice "à l'américaine" (?)

- défiscalisation de l'essence (!?)

- création du "parti du sud"...



Avec en début de liste les noms des deux politiques qui "suivaient" les négociations, selon Massimo Ciancimino : Mancino (Nicola) - Rognoni (Virgilio), ministre de la Défense du dernier gouvernement Andreotti...





Une négociation commencée par Riina et poursuivie par Provenzano, qui fit arrêter ensuite Riina le 15 janvier 1993 avant de relancer avec les bombes (voir la chronologie) et de remplacer son intermédiaire déjà sur le déclin, Vito Ciancimino, par l'astre montant : Marcello Dell'Utri.



Le tout lié à la naissance de Forza Italia, le parti-entreprise de Berlusconi, et à l'avènement de la seconde république italienne, née du sang des juges Falcone et Borsellino.



Des événements enfin en passe de s'éclaircir, après 17 ans !, selon la dernière déclaration d'Antonio Ingroia : « Nous sommes dans l'antichambre de la vérité ! »



Et pendant que ça s'éclaircit d'un côté, de très très gros nuages noirs, bien lourds, sont en train de s'amonceler sur la tête de Silvio Berlusconi...





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P.S. Ces documents ont été remis aux juges avant-hier, le 14 octobre, et hier, 15 octobre, à part Il Fatto, dernier arrivé dans la cour des grands, AUCUN journal n'en a parlé, ni dans la presse, ni à la télé !!!



L'Italie n'est pas un pays normal...



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2009/10/08

Et si on parlait mafia !


[MàJ - 14 octobre 2009] Le PAPELLO a enfin été remis aux juges (premières photos !), un moment HISTORIQUE pour l'Italie, on en reparlera...



* * *


Ça y est : papounet est complètement à la masse ! Depuis qu'hier la Cour constitutionnelle a déclaré inconstitutionnelle la loi qu'il s'était fait écrire sur mesure par ses avocats pour lui garantir l'immunité - et l'impunité - au prétexte qu'il serait au-dessus de ses concitoyens en vertu de son rôle (oui, je sais, la phrase est tordue, mais c'est son influence qui déteint), il a les neurones qui ont pété.



Non pas à cause des procès dont on sait qu'il s'en tirera très probablement par quelques pirouettes légales en payant quelques millions de plus à ses avocats (eux au moins, ils ont trouvé la poule aux œufs d'or, et ça repart aujourd'hui même...), mais plutôt à cause des affaires de mafia qui sont sur le point de le rattraper d'un instant à l'autre. Et dans le cadre desquelles il y a tellement d'éléments à charge contre lui, son éminence noire, Marcello Dell'Utri, et le parti politique qu'ils ont créé ensemble, Forza Italia, qu'on voit mal comment cette fois il pourrait s'en sortir sans dégâts.



J'ai vu hier soir une émission culte en Italie, AnnoZero, dont le thème était les vérités cachées sur le pacte de sang passé entre l'état italien et la mafia autour de l'assassinat des juges Falcone & Borsellino et des attentats meurtriers de 1993.



Autant de carnages sur lesquels a été bâtie la "deuxième république italienne" que nous avons sous les yeux aujourd'hui. Or l'un des points cruciaux pour arriver à la vérité était d'établir avec certitude à quelle époque ont commencé les négociations. Selon l'ex-général Mori lui-même (celui qui a capturé Riina sur dénonciation de Provenzano dans le cadre de ces négociations) (actuellement chargé de la sécurité de ... Rome ! et de la future expo universelle de Milan 2015...), les pourparlers avec l'intermédiaire autorisé par Cosa Nostra, Vito Ciancimino, auraient débuté avec précision le 5 août 1992, c'est-à-dire APRÈS l'assassinat de Borsellino. Et, toujours selon Mori, ces pourparlers auraient été entrepris à "son" initiative comme conséquence des assassinats de Falcone & Borsellino.



Une version contestée depuis toujours par nombre de personnes, et notamment par la famille du juge Paolo Borsellino, selon qui la décision de tuer Borsellino aurait été accélérée parce qu'il aurait été mis au courant des négociations en cours et qu'il s'y serait opposé de toutes ses forces. Selon une chronologie que Paolo aurait consigné précisément dans l'agenda rouge dont il ne se séparait jamais et que ses assassins ont fait disparaître.



Un agenda rouge devenu aujourd'hui le double symbole de la justice niée d'une part - du côté de l'État -, et de la soif de justice et de vérité de l'autre - du côté des gens honnêtes.



Donc, le scoop énorme que nous ont réservé hier soir Michele Santoro et Sandro Ruotolo (qui viennent d'être menacés de mort, voir en fin de billet), c'est que Paolo Borsellino a très sûrement été mis au courant des négociations autour du 20 juin 1992, soit environ un mois après la mort de son ami Giovanni Falcone et un mois avant sa propre mort.



Circonstance confirmée par Claudio Martelli, ministre de la Justice de l'époque, et par la secrétaire du juge Falcone, qui était également amie de Paolo Borsellino. Le scoop fait d'ailleurs la Une du nouveau quotidien, Il Fatto, sur lequel je reviendrai un jour...





Circonstance confirmée également par Massimo Ciancimino, un des fils de Don Vito, qui était sur le plateau hier soir, et qui a répété (ou pour le moins qui n'a pas nié) que son père avait été supplanté ensuite dans son rôle d'intermédiaire par Marcello Dell'Utri.



Celui qui deviendra le véritable ambassadeur de la mafia, le "référent" comme l'appelle il y a deux jours encore un repenti de premier plan, Antonino Giuffré, qui précise que le nouveau parti appuyé par la mafia était Forza Italia, après le déclin total de la Démocratie Chrétienne et du Parti Socialiste :
« Forza Italia e Dell’Utri referenti di Cosa Nostra.



Quando Dc e Psi si avviarono al tramonto, in Cosa nostra nacque un nuovo discorso politico. Un nuovo soggetto politico andava appoggiato: era Forza Italia
 ».
Des négociations qui ont provoqué des dizaines de morts et une série d'attentats, et dont un autre repenti, Gaspare Spatuzza, dit à propos du dernier, qui aurait dû être le plus meurtrier, qu'ils avaient reçu la "couverture politique" de leur "pays" (Dell'Utri) :
Giuseppe Graviano mi disse che per quell'attentato avevamo la copertura politica del nostro compaesano.
À propos de cet attentat, perpétré fin 1993 près du stade Olympique de Rome, je signale qu'il aurait causé un véritable carnage : une voiture piégée devait exploser au passage d'un bus rempli de policiers chargés d'assurer le service d'ordre au match de foot de l'A.S. Roma, et seul un détonateur défectueux a empêché la tuerie. Tout le déroulement de l'attentat a été reconstitué dans des centaines de pages déposées aux actes des procès pour les massacres de 1993.



Je vous laisse imaginer l'impact dévastateur qu'aurait eu un tel acte criminel dans une Italie déjà dévastée par la situation politique d'alors. Un attentat qui n'a pas été répliqué uniquement parce qu'entre-temps la mafia et ses interlocuteurs sont parvenus à un accord définitif. Qui a duré jusqu'à aujourd'hui mais qui est en passe de prendre fin, incessamment sous peu.



Donc faut-il s'attendre à une nouvelle saison de bombes et de meurtres comme à la grande époque de la stratégie de la tension ? Personnellement, je ne pense pas pour une série de raisons, mais les menaces de mort adressées ces jours-ci à Sandro Ruotolo et Michele Santoro (c'est mon avis : la lettre de menace dit à Sandro Ruotolo qu'il est le deuxième objectif sur la liste, or il est le second de Michele Santoro, lui-même menacé la saison dernière) ne laissent rien augurer de bon.



Et malheureusement, tant que l'Italie ne réussira pas à faire toute la lumière sur les véritables circonstances à l'origine de sa deuxième république, dont le personnage central est Silvio Berlusconi, ce pays restera une non-démocratie sans avenir.



Mais je reste optimiste, je dois au moins ça à mon fils.





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P.S. Pendant l'émission, la femme de Paolo Borsellino a lancé un appel à la vérité. C'est la première fois qu'elle s'exprime publiquement depuis 17 ans...







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2009/07/23

Italie, pacte état-mafia : les négociations


[MàJ - 1er août 2009] Négociation POLITIQUE confirmée...


[MàJ - 25 juillet 2009] Dans le magazine Panorama de cette semaine, Gianluigi Nuzzi (auteur de Vaticano S.p.A.) anticipe en exclusivité ce que représentent les archives de Vito Ciancimino qui confirment les négociations entre l'état et la mafia :





Environ 800 pages manuscrites, plus quelques cassettes vidéo et audio ! Le bout de message ci-dessus dit textuellement :
ayant reçu les pleins pouvoirs pour négocier, j'ai contacté les carabiniers qui me dirent de formuler la proposition suivante : vous livrez à la justice certains des principaux chefs mafieux en cavale et en retour nous vous garantissons de bien traiter les familles...
Signé : Vito Ciancimino

* * *


Je vous ai déjà anticipé l'histoire du "papello", dont la lecture est un préalable indispensable si vous voulez mieux comprendre ce billet, et notamment la partie finale où il est question de Michele Riccio et Luigi Ilardo, mais en ce moment les événements se développent à la vitesse grand V !



Je commencerai en rendant hommage aux magistrats d'un côté (ceux qui n'ont jamais cessé de se battre pour parvenir à la vérité sur ces événements terribles), et aux journalistes de l'autre, dont l'emblème est bien sûr Marco Travaglio, qui répètent inlassablement ces histoires depuis des années, et que l'establishment fait tout pour tourner en dérision, tant à droite qu'à gauche ou au centre (pensez que jusqu'à la fin des années 80 - début des années 90, même la Cassation affirmait que la mafia n'existait pas mais n'était qu'une invention...), histoire de les faire apparaître moins crédibles qu'ils ne sont, pour ne pas dire totalement affabulateurs.



Or voilà que les faits sont en train de leur donner raison, voici que leurs écrits trouvent confirmations dans différents témoignages, qui se recoupent parfaitement et sont trop nombreux et proviennent de sources trop diverses pour qu'on puisse sérieusement nier, aujourd'hui, que ces choses ont bien eu lieu.



D'ailleurs il est frappant de constater qu'une multitude de personnages commencent à retrouver des lambeaux de mémoire, mais seulement parce que, placés de force devant l'évidence, ils ne peuvent plus faire autrement. Voir l'exemple de papounet le débauché qui finit par reconnaître, depuis des mois que ses mensonges à répétition et sa lobotomie informationnelle ne fonctionnent plus, qu'il n'est "pas un saint"...



(J'aurais bien une litanie d'insultes pour le qualifier, mais il est inqualifiable), fermer la parenthèse.



Quant aux zones d'ombre et aux questions qui demeurent, nombreuses, là encore, la première constatation est que rien n'a jamais été éclairci, bien au contraire (je vous parle de plus de 20 ans de dépistages, de mensonges "officiels" et de manipulations à n'en plus finir), juste par volonté délibérée de ne rien éclaircir. Volonté aux plus hauts niveaux, tant il est vrai que dans l'Italie d'aujourd'hui, la vraie mafia c'est la politique...



D'aujourd'hui et d'hier, malheureusement, faisons donc tout notre possible pour que ça ne soit pas aussi "de demain" !



Hier, au sens propre, il s'est passé trois choses extrêmement nouvelles et encourageantes, trois témoignages, deux devant les juges et un devant la presse :
  1. Suite au témoignage de Michele Riccio devant les juges Nino Di Matteo et Antonio Ingroia, qui a dévoilé que Marcello Dell'Utri était le personnage politique que lui avait indiqué Ilardo comme étant le "référent" de la mafia (circonstance qu'il n'avait jamais précisé dans ses rapports parce qu'il n'avait aucune confiance en ses supérieurs, dont Mario Mori), Dell'Utri est à présent officiellement inculpé dans le cadre de cette affaire. Rappelons que l'actuel sénateur Dell'Utri est déjà condamné à 9 ans de prison pour concours extérieur à une association mafieuse, et en attente de son jugement d'appel, dont les juges décideront, le 17 septembre, s'ils versent aussi au dossier les nouveaux éléments apportés par Massimo Ciancimino.



    Mais quoi qu'il en soit, ce sont deux procès parallèles, quand bien même avec de nombreux points de contact. En fait, cette nouvelle affaire est en train de mettre à jour une deuxième négociation, ou si vous préférez la continuation de la première, qui aurait été menée par Bernardo Provenzano alors que Riina était déjà en prison. En effet, si vous regardez la chronologie, vous verrez que la série d'attentats commence APRÈS la capture de Riina par Mori.



    L'autre élément crucial à établir est la date à laquelle a débuté la première négociation. Selon Mori, il aurait rencontré Vito Ciancimino pour la première fois le 5 août 1992, c'est-à-dire après les tueries Falcone et Borsellino (11 morts en deux attentats). Une date contestée d'abord par son second de l'époque, le capitaine De Donno, qui situe le début de la négociation entre l'assassinat de Falcone et celui de Borsellino, durant ces 57 jours qui ont profondément modifié le cours de l'histoire italienne. Une fenêtre temporelle confirmée par Massimo Ciancimino, mais pas seulement, comme nous allons le voir...


  2. Hier, Luciano Violante, ex-magistrat, ex-président de la Chambre des Députés et ex-président de la Commission nationale anti-mafia entre 1992 et 1994, a été entendu par Antonio Ingroia et Roberto Scarpinato à propos de cette négociation "présumée" entre l'état et la mafia. D'après les éléments en possession des juges, Vito Ciancimino aurait souhaité rencontrer Violante en septembre 1992, en lui faisant parvenir la requête par personne interposée - Mori, toujours lui, le brave homme -, mais Violante aurait refusé.



    La nouveauté dévoilée par Massimo Ciancimino, c'est que son père voulait obtenir des garanties, soit de Violante soit de Mancino, dans le cadre des fameuses négociations. Voici donc, 17 ans après, que Violante confirme qu'il a bien été approché par l'intermédiaire de Mori...



    Du reste, Ciancimino père confirma par la suite qu'il avait obtenu les garanties qu'il voulait, donc s'il ne les a pas eues de Violante, suivez mon regard !


  3. 17 ans après (17 ans d'amnésie...), hier encore, Giuseppe Ayala, qui faisait partie du pool antimafia dès les années 80 aux côtés de Falcone et de Borsellino, a déclaré à une journaliste :
    J'ai eu l'occasion de parler avec Nicola Mancino, que j'ai côtoyé au Sénat pendant des années, et il a bien eu une entrevue avec Borsellino le 1er juillet 1992, même si la chose s'est faite totalement par hasard.



    - Mais Mancino a toujours nié cette entrevue...



    Ce n'est pas ce qu'il m'a dit. Il m'a même fait voir son agenda annoté avec la date du RdV. Franchement, je n'ai aucun élément pour interpréter rétrospectivement cette circonstance. Borsellino discutait avec Parisi, le chef de la police de l'époque. Celui-ci dit au nouveau ministre que Borsellino était là et lui demanda s'il voulait le saluer, ce à quoi Mancino répondit : « Mais pensez donc ! ». Il accompagna Borsellino dans son bureau, au milieu d'autres personnes, et lui serra la main. Je ne dispose d'aucun autre élément pour imaginer que le rôle de Mancino fut autre...
Une déclaration qui contredit formellement Martelli, ancien ministre de la justice du gouvernement Craxi (Si parla di una visita di Borsellino a Mancino, nel giorno in cui quest'ultimo si insediava agli Interni al posto di Scotti. Beh, Mancino non ricorda quella visita che, tra l'altro, è strano coincidesse proprio col giorno del suo insediamento. Pare invece che proprio quel primo luglio Borsellino dovesse incontrare il capo della Polizia, Vincenzo Parisi, che però non c'è più e non può far luce su questa vicenda...), soit dit en passant...



La réaction de Salvatore Borsellino, frère de Paolo, ne s'est pas faite attendre, qui se déclare "interdit" par ce qu'il apprend...



Une poignée de main que Mancino n'a jamais reconnu jusqu'à présent, osant même affirmer qu'il ne connaissait pas physiquement Borsellino (c'eût été le seul dans toute l'Italie !), totalement empêtré dans ses mensonges et ses contradictions entre une version et la suivante. Y compris sur l'existence d'une négociation, puisqu'il a déclaré récemment que l'état avait refusé de négocier avec la mafia !



Or paradoxalement, "refuser de négocier" signifie bien que quelqu'un a tenté de négocier... Une déclaration immédiatement reprise par Antonio Ingroia, qui a répliqué « comment l'état a-t-il dit non ? »



Certes, il aurait du mal à l'expliquer, surtout maintenant que l'accumulation d'éléments nouveaux conduit à une seule conclusion : l'état a bien dit oui, et la montée au pouvoir de Berlusconi est étroitement liée au pacte état-mafia, dont nous payons aujourd'hui encore les conséquences.



En attendant les développements ultérieurs, qui ne sauraient tarder...







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P.S. À noter que Totò Riina est interrogé aujourd'hui même par les juges (la fois précédente, c'était il y a 13 ans), à propos de ses récentes déclarations sur l'implication de l'état dans le meurtre de Borsellino : « C'est eux qui l'ont tué... », en confirmant ainsi le triste présage de Paolo Borsellino lui-même : « Quand ils me tueront, et non pas s'ils me tueront, ce ne sera pas seulement la mafia ! (Quando mi ammazzeranno, e non "se" mi ammazzeranno, non sarà stata solo la mafia...) »



J'ai regardé les deux principaux JT de 13h et 13h30' pour voir si l'un des sujets ci-dessus était abordé. Sur RAI 2, rien de rien, pas un mot. Sur RAI 1, juste un service consacré à l'interrogatoire de Riina. Sur Dell'Utri, Violante et Ayala, rien. Sur les télés de Berlusconi, j'ai pas osé...



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2009/07/16

IL PAPELLO


[MàJ - 14 octobre 2009] Ça y est !!! Le "papello" a été remis aux juges, un moment HISTORIQUE pour l'Italie, on en reparlera...


(Per chi vuole parlare...)


Suite : Italie, pacte état-mafia : les négociations


[MàJ - 17 juillet 2009, peu après minuit] Il n'est pas encore très clair si les pièces déposées hier (extrêmement sensibles, puisque le cabinet de son avocat a été cambriolé le jour même !) par Massimo Ciancimino comprennent ou non "il papello", nous en saurons probablement davantage dans les jours qui viennent...



En attendant, enquêtes officiellement rouvertes sur la mort des juges Falcone et Borsellino !



* * *


« Il papello », je vous en ai déjà parlé : une simple feuille de papier, au format A4, où serait indiquée une liste de 10 à 12 requêtes signées de la main de Totò Riina.



Une liste de prétentions faites parvenir à l'état italien pour passer un pacte de fer et de sang entre l'état et la mafia, écrites sur un bout de papier qui marque pourtant la transition entre la première république et la deuxième république italiennes, c'est-à-dire entre le déclin de la démocratie chrétienne et du parti socialiste italien d'un côté, respectivement symbolisés par Giulio Andreotti et Bettino Craxi, et l'arrivée politique et la montée en puissance du parti-entreprise de Silvio Berlusconi de l'autre, encore au pouvoir aujourd'hui pour le plus grand malheur de la démocratie.



[ Et pas seulement en Italie si j'en juge par les aspirations de Sarkozy qui semble vouloir faire tout ce qu'il peut pour ressembler chaque jour davantage à son parangon transalpin, sous le regard probablement détourné de sa femme (qui a quelque excuse, puisqu'on sait que l'amour rend aveugle...). D'ailleurs, s'il est vrai qu'on juge aussi les hommes par les modèles qu'ils se choisissent... Bien, fini la parenthèse française ! ]



En Italie, donc, ce pacte état-mafia est aujourd'hui un secret de polichinelle, et Massimo Ciancimino, fils de Don Vito, assure vouloir remettre incessamment sous peu le papier original aux juges italiens. Y en a déjà qui commencent à chier dans leur froc de ce côté des Alpes, et les premières puanteurs qui se font sentir un peu partout ne sont que les prémisses de l'avalanche de merde qui devrait s'abattre sur tout le pays dans les plus brefs délais. Excusez le langage, mais je ne vois pas d'autres termes plus explicites mieux à même de rendre compte de l'actuelle situation.



D'autant plus lorsque Ciancimino fils affirme dans une interview à Repubblica qu'il remettra non seulement "il papello" mais également d'autres documents de son père, qui devaient lui servir à la rédaction d'un livre qu'il n'a jamais écrit.



Il ajoute entre autres un "détail" qui pèse lourd comme une enclume : en 2005, toute cette documentation se trouvait dans le coffre-fort de son domicile de Mondello. Or pendant qu'il était à Paris, les carabiniers firent une perquisition chez lui ... sans toucher au coffre-fort ! Pourtant le même jour, les carabiniers perquisitionnaient également chez Giovanni Lapis, comptable de son père, dont ils ouvrirent le coffre. Un coup je prends, un coup je laisse...



Salvatore Borsellino, frère du juge Paolo Borsellino qui fut assassiné il y a 17 ans presque jour pour jour, selon toute probabilité parce qu'il aurait tout fait pour entraver la finalisation de ce "pacte état-mafia", ne peut s'empêcher d'observer :
Cette histoire me rappelle celle du coffre-fort du général Dalla Chiesa, le "traitement" de l'ordinateur et des agendas électroniques de Giovanni Falcone, le coffre-fort retrouvé vide dans le refuge de Totò Riina, ou encore l'agenda rouge de mon frère qui n'a jamais été retrouvé.
Sur la capture de Totò Riina en janvier 1993, Ciancimino fils révèle explicitement que son père, porte-parole de Provenzano, négocia directement cette capture avec l'état italien, par l'intermédiaire du colonel Mori et du capitaine De Donno, sous l'œil attentif d'un certain "Franco" des services secrets (dont l'omniprésence est un fil rouge ... sang), dernier paravent de l'homme politique italien qui se cachait derrière tout ça. Et dont Ciancimino junior a déjà indiqué le nom aux juges, mais les procès-verbaux sont top secrets, pour l'instant...



Imaginez d'ailleurs la capture de Riina après 23 ans de cavale, on le prend et tout le monde s'en va ! Pas de fouille du repaire (et encore moins du coffre-fort...), laissé libre et sans surveillance pendant 15 jours, juste histoire de donner à la mafia le temps nécessaire pour tout déménager, tout vider. Ils se sont même payés le luxe de repeindre pour effacer traces et empreintes...



Du travail bien fait, digne d'un Victor dans Nikita !



Mais la série "disparition de documents sensibles" ne s'arrête pas là. Car c'est toujours à l'année 2005 que remonte la découverte d'un autre "papello", un bout de page dont le haut a été déchiré où l'on peut lire :
...posizione politica intendo portare il mio contributo (che non sarà di poco) perché questo triste evento non ne abbia a verificarsi. Sono convinto che questo evento onorevole Berlusconi vorrà mettere a disposizione una delle sue reti televisive.


Un morceau de phrase à la syntaxe décousue, où le scripteur dit qu'il aurait apporté son appui, important sans aucun doute, pour que le triste événement n'ait pas lieu (menaces de rapt ou de mort sur le fils aîné de Berlusconi), à condition que celui-ci laisse à la mafia le contrôle d'une de ses chaînes télévisées.



Or cette lettre, saisie en 2005 à Palerme, n'a été officiellement remise au tribunal que le ... 16 juillet 2009 : aujourd'hui !



C'est-à-dire que pendant 4 ans personne n'en a officiellement rien su, et pourtant, imaginez la tempête qu'aurait produite cette découverte dès 2005, déjà en plein gouvernements II et III de ... Silvio Berlusconi !



Une lettre alors entière, qui aurait été écrite par un lieutenant de Riina et aurait passé de main en main selon Ciancimino Junior : de Totò Riina à Bernardo Provenzano, de Provenzano à Vito Ciancimino, de Ciancimino père à Marcello Dell’Utri, de Dell’Utri à Berlusconi. Ces nouvelles révélations ont d'ailleurs été entendues par les juges qui instruisent actuellement le procès d'appel contre Dell’Utri, condamné à plus de 9 ans de prison pour concours mafieux en première instance, et qui se sont réservés de décider le 17 septembre prochain si insérer ou non ces nouveaux éléments (y compris le témoignage du fils Ciancimino) dans le procès d'appel.



En attendant Dell'Utri continue d'être sénateur de la république italienne et il œuvre intensément à la création d'un futur Parti du Sud, une coalition politique qui aurait pour finalité de « défendre les intérêts du Sud de l'Italie », un vieux rêve de la mafia :
...au même moment (1993-1994), en Sicile, dans tout le sud-ouest de la Botte et jusqu'en Calabre, on voyait l'effervescence d'étranges ligues du sud qui, dans le sillage de la Ligue du Nord - il y eut même à Lamezia Terme une réunion avec un représentant de la Ligue du Nord -, visaient la sécession en voulant détacher de l'Italie péninsulaire la Calabre ou la Sicile... De fait, ces mouvements s'appelaient "la Sicile libre, la Calabre libre". Ces ligues fédéraient un peuple interlope, fait non pas de padans féroces, mais plutôt de gens étranges, un peu liés à la mafia, un peu à la 'ndrangheta, un peu à la P2 ; l'un d'eux, le prince Domenico Napoleone Orsini, qui avait des liens avec ces personnages, avait également des liens avec Marcello Dell'Utri.



Nous savons donc que Dell'Utri - chose démontrée par Gioacchino Genchi en analysant les relevés téléphoniques d'appels entrants et sortants, quel hasard ! - avait des contacts directs avec le prince Orsini. Dans un premier temps, Dell'Utri suivait de près l'évolution de ces milieux, justement parce que ce sont des organisations mafieuses, liées à des membres de la P2 et de la subversion d'extrême-droite, qui se fédèrent dès qu'elles sentent l'odeur d'un coup d'état possible, de la naissance d'une nouvelle République, et qu'elles veulent faire peser le poids, une fois de plus, de leur mainmise sur un ou plusieurs nouveaux partis.



Comme Sicilia Libera, parti à la création duquel s'intéressent directement des boss du calibre de Tullio Cannella, Leoluca Bagarella, les frères Graviano ou Giovanni Brusca.



Puis il se passe quelque chose, après la tentative d'assassinat de Costanzo et les attentats évoqués plus haut
(voir chronologie)..., cette stratégie terroriste mise en œuvre par la mafia obtient les résultats escomptés : Riina ne frappe pas au hasard, comme il eut l'occasion de le dire à ses troupes, on fait la guerre pour faire la paix avec l'État.



Une nouvelle paix avec de nouveaux acteurs et de nouveaux contacts politiques, qui, à la différence des précédents, déjà à l'agonie, étaient bien vivants, réactifs, et en mesure de respecter les accords, une fois conclus.



Nous en sommes à l'été 1993, et l'aventure de Forza Italia est déjà décidée : vers avril-mai, Berlusconi annonce à Montanelli qu'il se lance en politique...
Nous sommes là au cœur du nouveau pacte mafia-état italien, dont Riina fut le grand perdant, trahi et livré par Provenzano (pour le compte de qui Vito Ciancimino menait les négociations) en échange d'une "pax mafiosa" durable...



Provenzano qui décida alors de laisser tomber la sécession et de tout miser sur Berlusconi et Forza Italia, comme l'affirmait dès février 1994 Luigi Ilardo, un boss mafieux, "confident" ultra-secret d'un colonel des carabiniers, Michele Riccio, à qui il raconta que Cosa Nostra avait décidé de soutenir le mouvement naissant de Berlusconi dès les élections de mars 1994.



Et Ilardo d'expliquer à Riccio que quelques semaines plus tôt (à cheval sur fin 1993 - début 1994), les "palermitains" avaient organisé une « réunion restreinte » à Caltanissetta avec d'autres chefs mafieux, durant laquelle décision fut prise que les différentes organisations mafieuses sur le territoire national auraient voté pour « Forza Italia », le parti de Berlusconi, qui remporta effectivement les élections. Chaque famille aurait reçu ensuite les informations sur les candidats vers lesquels reporter leurs voix...



L'histoire, et surtout la fin d'Ilardo, sont d'ailleurs très riches d'enseignements :
Le 31 octobre 1995, Ilardo prévient Riccio qu'il doit rencontrer Bernardo Provenzano en personne. Riccio, qui fait maintenant partie du ROS, demande à ses supérieurs d'obtenir les moyens nécessaires pour intervenir. La réponse tombe, laconique, glacée : ne rien faire...
C'est ainsi que Provenzano aurait pu être capturé 11 ans plus tôt, si les commandants Mario Mori et Mauro Obinu n'avaient pas dit NON à Michele Riccio.
  • Ce même Mario Mori qu'on retrouve aux côtés du capitaine Sergio De Caprio alors qu'il ne disposèrent aucune perquisition ni aucune planque au refuge de Riina après que celui-ci ait été arrêté, le 15 janvier 1993...


  • Ce même Mario Mori qu'on retrouve aux côtés du capitaine De Donno alors qu'il négociait, entre autres, la capture de Riina avec Vito Ciancimino, selon les déclarations du fils, et « l'un des médiateurs » du pacte état-mafia selon Giovanni Brusca...


  • Ce même Mario Mori qui fut reconnu - alors qu'il n'aurait pas été censé l'être - par Ilardo, lors de la réunion secrète organisée le 2 mai 1996 à Rome pour décider de son avenir comme collaborateur de justice, entre les juges Caselli (Palerme), Tinebra (Caltanissetta) et le général Mori, qui avait pris du galon entre temps. Ilardo entre dans la pièce, il voit Mori, se dirige vers lui et, sans même le saluer, il lui dit : « Colonel, sachez que les massacres que nous avons commis, c'est vous, c'est l'État qui nous les avez commissionnés. » Grand moment de silence et de gêne, puis Mori, sans rien dire, tourne les talons et s'en va.



    Lors de cette réunion, le premier interrogatoire d'Ilardo est fixé au 15 mai. Celui-ci décide alors de rentrer une semaine chez lui pour prévenir sa famille de sa décision de collaborer, ce qui l'obligera à rester loin de la Sicile. Le 10 mai, Ilardo et Riccio se rencontrent une dernière fois à l'aéroport de Catane. Quelques heures plus tard, à 21h30, il est assassiné par deux tueurs devant chez lui.



    Il ne se présentera jamais à l'interrogatoire du 15 mai.
Mario Mori, commandant, colonel, général, préfet, chef des services secrets, etc. ; Marcello Dell'Utri, co-fondateur du parti politique de Berlusconi, bibliophile, sénateur ; Silvio Berlusconi, homme le plus puissant d'Italie, actuel chef du gouvernement, etc. : voilà un bel échantillon des hommes qui gouvernent gangrènent le pays aujourd'hui.



Et après on s'étonne que l'Italie pourrisse à petits feux...





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lala moulati ana9a maghribia